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Érosion

Le sol, au travers de ses propriétés physiques, chimiques et biologiques, occupe une place centrale dans la définition du concept de terroir, avec les notions de climat, de pratiques culturales et de vinification. Ainsi, les propriétés chimiques et physiques des sols, notamment en lien avec la disponibilité de l’eau, exercent une influence déterminante sur les caractéristiques des raisins et, de ce fait, sur la spécificité du vin produit. Toutefois, le sol est une ressource non renouvelable à l’échelle de la vie humaine. Le parcellaire viticole peut être soumis à une érosion intense qui dépend des pratiques culturales adoptées

Érosion des sols viticoles et conséquences sur le fonctionnement de la vigne

L’érosion hydrique, liée au travail du sol, est un processus susceptible de causer une perte parfois rapide et irréversible de la ressource en sol. En moyenne, les sols viticoles perdent 12 t/ha/an au niveau parcellaire, contre 1 t/ha/an sur des sols peu soumis à dégradation.

Les partenaires techniques (*) mènent une étude dont les objectifs sont d’évaluer l’effet de l’érosion sur les paramètres clefs du sol, de simuler l’érosion à différentes échelles de temps (de la décennie au siècle) et d’évaluer l’impact de l’érosion sur le fonctionnement de la vigne.

Cette étude porte sur 3 parcelles sélectionnées dans les AOP Chinon, en contexte sédimentaire, et Quarts de Chaume, en contexte de socle. Les mesures d’érosion ont débuté au cours de l’hiver 2014-2015. Les mesures des paramètres physiologiques sur la vigne (suivi phénologique, vigueur et qualité du raisin, taux de sucres, acidité, phénols) ont eu lieu courant 2015. Le but final est d’aboutir à un modèle conceptuel liant érosion et fonctionnement de la vigne, fonctionnement qui a été appréhendé selon plusieurs variables : la maturité, le rendement, la véraison et l'analyse foliaire de delta C13. In fine, il sera simulé l’érosion aux échelles parcellaires et de l’appellation sur plusieurs décennies. L’impact de l’érosion sur les propriétés de sols retenues selon des scénarios de pratiques viticoles différentes, sera évalué.

L'action a débuté de manière effective au 1er octobre 2014. Elle a consisté dans un premier temps à déterminer les zones les plus sensibles à l’érosion au sein de chacune des deux régions. Des journées de terrain conjointes Université/Cellule Terroirs Viticoles/IFV ont eu lieu sur chacune des deux grandes zones d’appellation afin de préciser les sites d’intérêt pour l’étude de l’érosion. Plusieurs secteurs, connus de la profession, présentent une érosion significative, qui se manifeste par un déchaussement des pieds de vigne, pouvant aller jusqu’à la mise à nu des racines, notamment sur les secteurs de l’Ordovicien et du Houiller sur la zone du Layon, et sur le Sénonien/Turonien dans le secteur du Chinonais.

L’érosion des sols est un processus très variable à la fois dans le temps et dans l’espace. Sa mesure directe (par le biais d’instrumentation) est par conséquent très lourde financièrement à mettre en œuvre, et ponctuelle dans le temps et dans l’espace. La méthodologie à employer doit permettre de mesurer indirectement l’érosion, intégrée sur le moyen terme, pour un coût raisonnable, au moyen de critères objectifs, et sur différentes zones.

(*) Université François Rabelais-Tours, EA 6293 Géohydrosystèmes Continentaux, Cellule Terroirs Viticoles, Institut Français de la Vigne et du Vin - Pôle Val-de-Loire-Centre. Financement Interloire, Région Centre-Val de Loire, autofinancement partenaires.

 

Photo Marie Bonnisseau
Photo Francesca Degan
Photo Guillaume Delanoue
Photo Guillaume Delanoue

Premiers résultats de mesure de l’érosion à l’échelle infra-parcellaire

Chacune des parcelles étudiée de manière détaillée a fait l’objet d’une cartographie de l’érosion. Les valeurs d’érosion/dépôt sur les 335 échantillons mesurés ont été spatialisées selon un modèle de régression linéaire avec des covariables dérivées de la topographie. La prise en compte des échantillons plutôt que de mesures uniquement au niveau du pied semble améliorer significativement l’estimation de l’érosion.

Les valeurs fournies constituent les premières valeurs d’érosion déterminées pour des appellations du Val-de-Loire. Celles-ci sont parfois très importantes, et représentent en moyenne de 26 à 31 t/ha/an si l’on considère uniquement les zones érodées des parcelles, et 21 à 24 t/ha/an si l’on considère l’ensemble de la parcelle (c’est-à-dire zone érodée + zone de dépôt). Les valeurs maximales d’érosion sont presque équivalentes sur les deux régions étudiées (45 t/ha/an). Une étude plus approfondie serait néanmoins utile afin de préciser l’incertitude de ces estimations. Les parcelles étudiées dans le Layon présentent tendanciellement une érosion, un dépôt et un bilan sédimentaire plus faibles que les parcelles étudiées dans le Chinonais. Ainsi, contrairement donc à ce que l’on pourrait attendre, notamment du fait d’une topographie beaucoup plus marquée sur le Layon, les parcelles étudiées sur la zone de Chinon présentent une redistribution de matière plus importante que dans le Layon. À l’intérieur de chaque région étudiée, la variabilité des valeurs est plus importante à Chinon que dans le Layon, alors que le Layon présente une variabilité plus importante en termes de pentes et de types de sols. La relation entre ces valeurs d’érosion, les autres variables du paysage et les facteurs érosifs (pente et aire contributive, érodibilité et battance des sols, état de surface des parcelles, tassement des sols, etc.) pourrait permettre de mieux appréhender cette complexité.

On notera enfin, que 60 carottes de sols ont été prélevées sur 20 transects amont-aval de parcelles pour l’analyse du Cesium-137. Celui-ci étant retombé au sol avec les précipitations, les activités en 137Cs sont initialement homogènes au sein de petites surfaces. Cet isotope, fortement adsorbé par les particules du sol peut migrer sous l’effet de l’érosion. Ainsi, des valeurs différentes d’activité du césium sont principalement la conséquence d’une redistribution plus ou moins importante de la matière depuis son dépôt. Les résultats sont en cours d’analyse et ils pourront être présentés au cours du bilan de la deuxième année du projet. On disposera ainsi d’une information complémentaire à celle acquise avec la première méthode, puisque indépendante des éventuelles modifications de l’occupation des sols, sur une période de 60 ans.

In fine, la méthode mise en place est simple à mettre en œuvre, et est transférable telle quelle à la profession.

Résultats 2015 des mesures de l'érosion

Les résultats les plus flagrants et les plus interprétables ont été observés sur les deux parcelles sur lesquelles 30 points étaient analysés. De façon générale, sur l’AOC Chinon, de fortes différences sont observées entre le haut et le bas de la parcelle sur certains paramètres critiques.

En premier lieu, le degré alcoolique varie de manière très importante au sein de la même parcelle : entre 10.3° et 13.7° (Figure 1) avec les degrés les plus élevés en haut de la parcelle. D’autres paramètres importants pour déterminer les dates de vendanges et assurer une fermentation sans problèmes varient énormément, comme l’azote assimilable.

Sur la parcelle LC1, seuls 4 points du bas de la parcelle présentent des taux d’azote assimilable globalement bon, tous les autres points sont en carence (Figure 2). Ces points sont également ceux présentant un rendement plus élevé.

L’érosion engendre donc une forte hétérogénéité au sein des parcelles (BO3, BS1 & BS2, CC5, CP4, GS2, LB4, LC1, LC3, PC1, RP4, SL1, SL5). Les choix de date de vendange et de destination de la récolte se trouvent donc plus délicats à prendre dans un contexte de parcelle subissant l’érosion.

Figure 1 - Carte et graphique TAP
Figure 2 - Carte et graphique azote assimilable

L’érosion cumulée a donc un impact non négligeable sur la qualité de la récolte. Nous pouvons alors facilement imaginer l’impact sur le profil sensoriel des vins issus de parcelles fortement érodées. Cependant, une série de mini-vinifications de vendange provenant de telles zones serait nécessaire afin de mesurer cet impact.

Une évolution des pratiques est indispensable afin d’anticiper mais aussi de diminuer l’érosion dans les zones sensibles. Le retour en force du travail du sol depuis quelques années semble aggraver le phénomène dans certaines parcelles. Le désherbage chimique du cavaillon augmente la vitesse de ruissellement de l’eau en créant des rigoles localisées entre la zone enherbée et le cavaillon nu. Aucune des pratiques vues sur le terrain ne semble limiter suffisamment l’érosion ou son impact. Un essai de couvert végétal adapté ainsi qu’une refonte de l’itinéraire technique pourraient dégager des pratiques intéressantes à mettre en place dans des zones fortement érosives.

Retrouvez ici un article sur le sujet de La Vigne n°291 - Nov. 2016.

Financement : Interloire, Région Centre-Val de Loire, autofinancement partenaires.

Contact : Sébastien SALVADOR-BLANES - Agronome et pédologue au GéHCO (université de Tours) - salvador(at)univ-tours.fr